Les ministres de l’Économie et des Finances, de la Transition écologique et solidaire, ainsi que du Travail ont confié une mission à Nicole Notat et Jean-Dominique Senard sur l’entreprise et l’intérêt général. Cette mission a remis son rapport le 9 mars dernier avec des recommandations qui viendront alimenter le projet de loi du Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises (PACTE) qui sera présenté en conseil des ministres le 18 avril 2018.

Ce rapport constate un besoin de réflexion sur l’entreprise, dans un contexte de court-termisme et de financiarisation de l’économie qui nécessite de recréer de la confiance. Il conclut à la nécessité que l’entreprise ait une « raison d’être » et contribue à un intérêt collectif en prenant en compte les enjeux sociaux et environnementaux de son activité.

Le rapport préconise ainsi une modification de l’article 1833 du Code civil afin d’ajouter que « la société doit être gérée dans son intérêt propre, en considérant les enjeux sociaux et environnementaux de son activité ».

Il recommande également que la présence des administrateurs salariés soit renforcée dans les conseils d’administration.

Différentes recommandations sont proposées avec certaines d’ordre législatif, d’autres créant des cadres juridiques optionnels et enfin des recommandations à l’attention des praticiens et des administrations.

Cinq recommandations d’ordre législatif

  • Ajouter un second alinéa à l’article 1833 du Code civil : « […] La société doit être gérée dans son intérêt propre, en considérant les enjeux sociaux et environnementaux de son activité.»
  • Confier aux conseils d’administration et de surveillance la formulation d’une « raison d’être » visant à guider la stratégie de l’entreprise en considération de ses enjeux sociaux et environnementaux.
  • Renforcer le nombre des administrateurs salariés dans les conseils d’administration ou de surveillance de plus de 1000 salariés à partir de 2019, à deux salariés à partir de 8 administrateurs non-salariés et trois salariés à partir de 13 administrateurs non-salariés.
  • Faire le point sur la représentation des salariés dans les conseils par une mission tirant les enseignements de 12 ou 24 mois de pratique, avant d’envisager de l’étendre aux sociétés de 500 à 1000 salariés, ou d’augmenter la proportion des administrateurs salariés aux conseils.
  • Doter les sociétés par actions simplifiée (SAS) de plus de 5000 salariés d’un conseil d’administration ou de surveillance régi par les dispositions applicables aux sociétés anonymes, afin qu’ils disposent des mêmes proportions d’administrateurs salariés.

Trois recommandations créant des cadres juridiques optionnels

  • Confirmer à l’article 1835 du Code civil la possibilité de faire figurer une « raison d’être » dans les statuts d’une société, quelle que soit sa forme juridique, notamment pour permettre les entreprises à mission.
  • Reconnaître dans la loi l’entreprise à mission, accessible à toutes les formes juridiques.
  • Assouplir la détention de parts sociales majoritaires par les fondations, sans en dénaturer l’esprit, et envisager la création de fonds de transmission et de pérennisation des entreprises.

Six recommandations à l’attention des praticiens et des administrations

  • Accompagner le développement de labels RSE sectoriels et faire de la RSE un outil de renforcement du dialogue social dans les branches professionnelles volontaires.
  • Les grandes entreprises devraient être incitées à se doter de comités de parties prenantes, par exemple en inscrivant cette bonne pratique dans les codes de gouvernance. L’existence au sein du conseil d’administration d’un comité qui l’éclaire sur la stratégie RSE de l’entreprise est aussi une pratique à généraliser. Ces bonnes pratiques pourraient par exemple figurer dans les codes de gouvernance.
  • Signaler comme une bonne pratique les rémunérations variables liées aux critères RSE, et la transparence sur le niveau de déclenchement de cette part variable.
  • Engager une étude sur la place et le rôle de l’actionnaire dans la continuité de la réflexion enclenchée sur l’entreprise.
  • Engager une étude concertée sur les conditions auxquelles les normes comptables doivent répondre pour servir l’intérêt général et la considération des enjeux sociaux et environnementaux.
  • Envisager la création d’un acteur européen de labellisation, adapté aux spécificités du continent européen, pour les entreprises à mission européennes.

Pour consulter le rapport : Rapport Notat/Senard « L’entreprise, objet d’intéret collectif »

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